Deux tendances principales se partagent le domaine poétique après la première guerre mondiale : un néo-classicisme rigoureux et intellectualiste illustré par Valéry, d’une part; une libération de ___toutes les forces profondes de l’homme qui s’exprime par le surréalisme, d’autre part.

    Paul Valéry naquit en 1871 à Sète, ville dont le charme marin et méditerranéen le marqua profondément. Il aima également Montpellier où il passa son adolescence, puis connut à paris les « mardis » de la rue de Rome chez Mallarmé, qui fut son maître. Sous l’influence de celui-ci, il compose des vers symbolistes, mais ce qui l’intéresse, ce sont les mécanismes et l’activité de l’esprit plus que ses productions. Il étudie des héros intellectuels : Léonard de Vinci, pris comme symbole de la maîtrise d’un esprit universel et souverain, et l’imaginaire M. Teste, ascète de la lucidité et de la liberté de l’esprit. Il s’enferme ensuite dans un silence de 20 ans, consacrée à la méditation, notamment sur les mathématiques : il le rompt enfin en 1917 pour publier un long poème, La jeune Parque, où il évoque les états successifs d’une conscience, ses mouvements secrets et ses morsures intérieures. Le succès de La jeune Parque l’encourage. Il reprend en les corrigeant ses poèmes de jeunesse dans l’Album de Vers anciens(1920), où l’inspiration apparaît comme moins importante que la construction des poèmes. En 1922, il publie Charmes(au sens latin de carmin, à la fois vers et formules magiques), son chef-d’œuvre poétique : le recueil plonge dans une ambiance antique et méditerranéenne, mais toutes les notations sensorielles, allant des plus évanescentes jusqu’à un lyrisme de l’ordre universel, recouvrent une profonde philosophie. Au centre de cet univers lumineux, l’homme est tenté par l’amour de soi et par la connaissance orgueilleuse, il éprouve à la fois l’ardeur de vivre et le sentiment de son néant ; pourtant le poète ne se départ jamais de la sérénité d’une inspiration toute classique, qui se manifeste en particulier dans l’emploi du dizain de l’ode traditionnelle. C’est que le poète est avant tout, pour Valéry, quelqu’un qui lutte contre les contraintes rigoureuses que lui impose la forme versifiée, comme l’architecte ou le sculpteur trouve leur inspiration dans la lutte même contre la matière. Cet idéal esthétique est exprimé dans deux dialogues à la manière de Platon, Eupalinos ou l’Architecte et L’Ame et la Danse, l’un et l’autre de 1921. Valéry ensuite l’essentiel de ses efforts à des essais en prose où il témoigne d’un profond pessimisme sur l’avenir de la civilisation européenne, surtout questions d’esthétique poétique : à propos de la Fontaine, d’Edgar Poe, de Baudelaire, de Mallarmé, etc., il analyse avec délices les mécanismes de la création qui n’est jamais confidence biographique, mais toujours acte intime de l’esprit qui se discipline. Malgré son hermétisme, Valéry connut un immense succès, fut nommé professeur au Collège de France en 1937 et eut des funérailles nationales le 24 juillet 945.

    Le plus célèbre poème de Valéry est sans doute le Cimetière marin.

Pour le poème et son analyse, voir ici .

(Composé d'après La bibliothèque de la poésie : Les explorateurs solitaires du 20e siècle.)