Une fois, un professeur nous a demandé dans quelle époque nous voudrions vivre si nous avions la machine du temps. J’ai répondu : 1789 et 1830 à Paris. J’ai l’envie d’assister en personne à la révolution française qui non seulement est l’un des événements les plus importants à travers l’histoire humaine, mais aussi a annoncé une nouvelle époque où s’imposait la devise de la France : La liberté, l’égalité et la fraternité. Mais ce qui me fascine plus c’est aux environs de 1830 à Paris où le romantisme a atteint son apogée. Presque touts les artistes prestigieux se trouvaient à Paris : Des écrivains, des poètes, des musiciens, des peintres... Ils fréquentaient les salons, se changeaient des idées, se débattaient, présentaient et lisaient leurs projets et œuvres... C’est ces salons que j’aimerais le plus visiter. Hugo, Musset, Lamartine, Sainte-Beuve, George Sand, Charles NodierAlexandre DumasBalzacChopin, Liszt, Delacroix...Tous ces noms célèbres retentissent à mes oreilles. Ce sont les personnalités dont je rêve de faire connaissance. À cette époque-là, Paris était le centre de l’Europe grâce à son économie en pleine prospérité, son haut niveau de vie aussi qu’à ses événements culturels dont ces salons font parties.

L’influence des cénacles est vaste. D’une part, cela révèle l’engagement des artistes dans la société de leur temps. D’autre part, ils tiennent un rôle considérable dans la diffusion des idées et de la littérature nationale et étrangère. Trois principaux salons littéraires naissent entre 1823 et au-delà de 1830.

Le premier, La Muse française, véritable organe du romantisme, voit le jour en 1823-1824. Son idéologie est royaliste d’inspiration catholique, et sa référence littéraire est Chateaubriand. De jeunes auteurs comme Hugo ou Vigny y participent. Ce premier cénacle est fidèle au gouvernement en place, le principal objet de débat est la poésie et l’expression lyrique. Mais très vite La Muse française se délite, pour des raisons politiques et littéraires. Vigny et Hugo se détachent du groupe, désireux d’apporter à la création plus d’innovations. L’éviction de Chateaubriand du gouvernement achève la désagrégation de ce premier groupe d’artistes. Toutefois, une réflexion sur la littérature s’est engagée et désormais ne cessera plus.

A partir de 1824, c’est autour de Charles Nodier que se retrouve la nouvelle école. Les dimanches de l’Arsenal, où Nodier a été nommé bibliothécaire, sont essentiels dans le développement de la littérature romantique. Contrairement à La Muse française, le cénacle qui se forme autour de Nodier est plus vindicatif et exprime la nécessité de profonds changements en littérature. Un soir de 1828, un jeune homme blond de dix-sept ans y lit ses premiers vers –il s’appelle Alfred de Musset. D’autres grands poètes y lisent leurs productions. Mais l’un d’eux s’affirme de plus en plus sensiblement comme le chef du mouvement : Victor Hugo.

A partir de 1827, sous son instigation et celle de Sainte-Beuve, un nouveau cercle se réunit, le Cénacle qui devient le quartier général des romantiques. Cette fois, le ton est plus belliqueux et la polémique littéraire s’exacerbe. Même si le salon de Nodier continue d’exister, les artistes se rencontrent chez Hugo, rue Notre-Dame-des-Champs. Peintres, graveurs, musiciens, poètes viennent y préparer la révolution romantique. Le principal mot d’ordre du Cénacle est « liberté ». Balzac, Vigny, Mérimée, Dumas, Delacroix s’y retrouvent et nourrissent des discussions animées qui, dans une certaine mesure, théorisent la littérature romantique. La camaraderie littéraire qui caractérise le Cénacle revêt parfois un caractère inattendu voire pittoresque. Hugo propose ainsi des escapades nocturnes dans les tours de Notre-Dame. Musset, déjà indépendant, et sans doute nostalgique du salon de Nodier, ne participe que de loin à ce Cénacle, qui reste néanmoins le lieu emblématique de « l’esprit romantique ».

Je ne sais pas s’il y existe encore des salons ou des cénacles aujourd’hui. Mais il me semble que l’esprit de salon est déjà loin de nous. On ne s’intéresse pas à la création artistique comme auparavant. L’époque de la littérature, de la musique et des arts semble une image évanescente. Les choses vieilles sont ainsi plus précieuses.