« Je veux être Chateaubriand ou rien. »

                                                                                                 -Victor Hugo

C’est la première fois que j’ai entendu ce nom Chateaubriand quand je lisais un livre il y a 477px_Anne_Louis_Girodet_Trioson_006presque deux ans. Je me suis demandé qui était cette personne admirée par Hugo. Dès lors, j’ai eu une bonne impression de Chateaubriand. J’ai cherché ses informations sur l’internet et je l’ai connu davantage : un précurseur du Romantisme. Puis j’ai trouvé Mémoires d'outre-tombe dans la bibliothèque et j’en ai lu une centaine de pages de la première tome. C’est difficile parce qu’il y a pas mal de mots nouveaux et anciens, mais j’aime son style romantique et sentimental. C’est une autobiographie encombrée d’émotion. Chateaubriand donne le ton de la mélodie romantique en chantant le « vague des passions ». Cri du cœur, suppose toute une mise en scène du moi souffrant au sein du monde. 

Chateaubriand a un père oppressant et terrible, ainsi que d’autres romantiques : Constant et Senancour. C’est incompréhensible que dans ces familles sans l’amour du père surgissent les grands écrivains. Peut-être c’est les circonstances difficiles qui ont façonné les caractères de ces écrivains et les ont inspirés.

« En sortant du sein de ma mère, je subis mon premier exil. » 

Cette séparation, cette déchirure première avec sa mère devient l’image et la préfiguration des exils futurs de l’émigré. Enfant, Chateaubriand a été la prisonnière marquée très profondément par le sens du péché et par l’image de l’enfer. Chez jeune Chateaubriand, la découverte de l’amour est toujours liée à celle du mal et les joies de la chair ne mènent qu’aux supplices de l’enfer.

« D’un côté, je soupçonnai des secrètes incompressibilités à mon âge, une existence différente de la mienne, des plaisirs au-delà de mes jeux, des charmes d’une nature ignorée dans un sexe où je n’avais vu qu’une mère et des sœurs ; d’autre côté, des spectres traînant des chaînes et vomissant des flammes m’annonçaient des supplices éternels pour un seul péché dissimulé. »

Depuis 1800, des deuils familiaux ont accéléré l’évolution de Chateaubriand qui est revenu à la foi et a décidé de faire une carrière littéraire vouée à la défense de la religion : deux romans, Atala et René, un traité d’apologélique, Le génie du Christianisme, une épopée en prose, Les Martyrs. La religion y est pronée comme source d’une sensibilité moderne, associant la nature avec la mélancolie, tombant parfois dans le « vague des passions ».

Avant de mourir, il a composé son œuvre la plus importante et la plus durable : les Mémoires d'outre-tombe. Chateaubriand a peint avec précision, puissance, férocité parfois, mais toujours il cherchait à en comprendre le sens en d’ample méditations historiques. On voit l’exaltation de son imagination, son obsession du déclin et de la mort, la conscience de ses contradictions internes et la somptuosité lyrique qui revetirait ses rêveries.

Voici deux extraits de Mémoires d'outre-tombe que j’aime beaucoup. 

La maison qu'habitaient alors mes parents est située dans une rue sombre et étroite de Saint-Malo, appelée la rue des Juifs : cette maison est aujourd'hui transformée en auberge. La chambre où ma mère accoucha domine une partie déserte des murs de la ville, et à travers les fenêtres de cette chambre on aperçoit une mer qui s'étend à perte de vue, en se brisant sur des écueils. J'eus pour parrain, comme on le voit dans mon extrait de baptême, mon frère, et pour marraine la comtesse de Plouër, fille du maréchal de Contades. J'étais presque mort quand je vins au jour. Le mugissement des vagues, soulevées par une bourrasque annonçant l'équinoxe d'automne, empêchait d'entendre mes cris : on m'a souvent conté ces détails ; leur tristesse ne s'est jamais effacée de ma mémoire. Il n'y a pas de jour où, rêvant à ce que j'ai été, je ne revoie en pensée le rocher sur lequel je suis né, la chambre où ma mère m'infligea la vie, la tempête dont le bruit berça mon premier sommeil, le frère infortuné qui me donna un nom que j'ai presque toujours traîné dans le malheur. Le Ciel sembla réunir ces diverses circonstances pour placer dans mon berceau une image de mes destinées.  

Chateaubriand ne se borne pas à faire revivre son passé; il lui arrive souvent de modifier l’éclairage du passé par celui du présent et réciproquement. C’est dans cette intention qu’au moment de raconter ses souvenirs de Combourg il nous livre son état d’esprit de 1817, alors qu’il résistait « à Monboissier, sur les confins de la Beauce et du perche » et rédigeait, nous dit-il, le 3e Livre des Mémoires d’Outre-Tombe.

Hier au soir je me promenais seul ; le ciel ressemblait à un ciel d'automne ; un vent froid soufflait par intervalles. A la percée d'un fourré, je m'arrêtai pour regarder le soleil : il s'enfonçait dans des nuages au-dessus de la tour d'Alluye, d'où Gabrielle, habitante de cette tour, avait vu comme moi le soleil se coucher il y a deux cents ans. Que sont devenus Henri et Gabrielle ? Ce que je serai devenu quand ces Mémoires seront publiés.

Je fus tiré de mes réflexions par le gazouillement d'une grive perchée sur la plus haute branche d'un bouleau. A l'instant, ce son magique fit reparaître à mes yeux le domaine paternel. J'oubliai les catastrophes dont je venais d'être le témoin, et, transporté subitement dans le passé, je revis ces campagnes où j'entendis si souvent siffler la grive. Quand je l'écoutais alors, j'étais triste de même qu'aujourd'hui. Mais cette première tristesse était celle qui naît d'un désir vague de bonheur, lorsqu'on est sans expérience ; la tristesse que j'éprouve actuellement vient de la connaissance des choses appréciées et jugées. Le chant de l'oiseau dans les bois de Combourg m'entretenait d'une félicité que je croyais atteindre ; le même chant dans le parc de Montboissier me rappelait des jours perdus à la poursuite de cette félicité insaisissable. Je n'ai plus rien à apprendre, j'ai marché plus vite qu'un autre, et j'ai fait le tour de la vie. Les heures fuient et m'entraînent ; je n'ai pas même la certitude de pouvoir achever ces Mémoires. Dans combien de lieux ai-je déjà commencé à les écrire, et dans quel lieu les finirai-je ? Combien de temps me promènerai-je au bord des bois ? Mettons à profit le peu d'instants qui me restent ; hâtons-nous de peindre ma jeunesse, tandis que j'y touche encore : le navigateur, abandonnant pour jamais un rivage enchanté, écrit son journal à la vue de la terre qui s'éloigne et qui va bientôt disparaître.