Tristesse d’Olympio est autre poème que je trouve bon. En fait, L’originalité de Hugo, pour traiter le thème romantique des souvenirs d’amour confiés à la nature, réside en ceci que l’amour qu’il évoque n’est pas brisé. Hugo s’était en effet lié depuis 1832 avec une jeune actrice, Juliette Drouet, qui tenait un rôle secondaire dans son drame Lucrèce Borgia. Cette liason devait durer jusqu’à la mort de Juliette en 1883. Leur amour n’est donc nullement menacé lorsque Hugo compose ce poème Tristesse d’Olympio, entre le 20 et le 24 octobre 1837. Mais il constate que cet amour a déjà un passé, qu’il se nourrit deja de souvenirs : le dimanche 15, 1837, il avait accompli, seul, une sorte de pèlerinage dans la vallée de la Bièvre et il avait évoqué les promenades qu’il y avait faites avec Juliette, en 1834 et 1835, lorsque le poète sejournait avec sa famille au château des Roches. Pas plus que Lamartine dans Le Lac, Hugo ne nous fait ici de confidences directes : ce n’est pas lui qui parle, mais une double poétique de lui-même, Olympio, sorte de Titan d’origine « olympienne », mais foudroyé et accablé. Quant à la femme aimée, il n’est pas impossible qu’au souvenir de Juliette viennent se mêler les regrets du pur amour de sa jeunesse pour Adèle.

Voici un extrait de ce poème.

Les champs n'étaient point noirs, les cieux n'étaient pas mornes.
Non, le jour rayonnait dans un azur sans bornes
Sur la terre étendu,
L'air était plein d'encens et les prés de verdures
Quand il revit ces lieux où par tant de blessures
Son coeur s'est répandu !

L'automne souriait ; les coteaux vers la plaine
Penchaient leurs bois charmants qui jaunissaient à peine ;
Le ciel était doré ;
Et les oiseaux, tournés vers celui que tout nomme,
Disant peut-être à Dieu quelque chose de l'homme,
Chantaient leur chant sacré !

Il voulut tout revoir, l'étang près de la source,
La masure où l'aumône avait vidé leur bourse,
Le vieux frêne plié,
Les retraites d'amour au fond des bois perdues,
L'arbre où dans les baisers leurs âmes confondues
Avaient tout oublié !

Il chercha le jardin, la maison isolée,
La grille d'où l'oeil plonge en une oblique allée,
Les vergers en talus.
Pâle, il marchait. - Au bruit de son pas grave et sombre,
Il voyait à chaque arbre, hélas ! se dresser l'ombre
Des jours qui ne sont plus !

Il entendait frémir dans la forêt qu'il aime
Ce doux vent qui, faisant tout vibrer en nous-même,
Y réveille l'amour,
Et, remuant le chêne ou balançant la rose,2009022119084662
Semble l'âme de tout qui va sur chaque chose
Se poser tour à tour !