31 janvier 2010

La légende des siècles

7093La légende des siècles est considéré comme l'un des monuments de la poésie française. L’idée première de Hugo était de composer une vaste épopée cosmique, dont les trois volets auraient été « l’Humanité, le Mal, l’Infini, en ce que l’on pourrait appeler trois chants, La Légende des Siècles, La Fin de Satan, Dieu ». Il avait fortement avancé ces deux dernières parties. Mais son éditeur lui conseilla de terminer et publier d’abord la première comme plus intéressante pour le public. Ainsi parut en 1859 La Légende des Siècles. Une vaste histoire des luttes de l’humanité pour le progrès, mais nécessairement incomplète puisque, dans l’idée de Hugo, la lutte du Bien contre le Mal ne devait trouver son triomphe définitif que hors du temps, dans un avenir divin.

    Voici un poème recueilli dans La légende des siècles. Dans ce poème, le ton est volontiers religieux. Hugo suggère l’histoire du mariage de Ruth et de booz. À Bethléem, le vieux Booz a reçu chez lui Ruth, sa parente, récemment devenue veuve. En tant que plus proche parent du mari défunt, Booz doit épouser Ruth. De cette union naîtra la race de David, lui –même ancêtre du Christ. 

Booz s'était couché de fatigue accablé ;
Il avait tout le jour travaillé dans son aire ;
Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ;
Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.

Ce vieillard possédait des champs de blés et d'orge ;
Il était, quoique riche, à la justice enclin ;
Il n'avait pas de fange en l'eau de son moulin ;
Il n'avait pas d'enfer dans le feu de sa forge.

Sa barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril.
Sa gerbe n'était point avare ni haineuse ;
Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse :
- Laissez tomber exprès des épis, disait-il.

Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques,
Vêtu de probité candide et de lin blanc ;
Et, toujours du côté des pauvres ruisselant,
Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.

Booz était bon maître et fidèle parent ;
Il était généreux, quoiqu'il fût économe ;
Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme,
Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.

Le vieillard, qui revient vers la source première,
Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ;
Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,
Mais dans l'oeil du vieillard on voit de la lumière.

Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens ;
Près des meules, qu'on eût prises pour des décombres,
Les moissonneurs couchés faisaient des groupes sombres ;
Et ceci se passait dans des temps très anciens.

Les tribus d'Israël avaient pour chef un juge ;
La terre, où l'homme errait sous la tente, inquiet
Des empreintes de pieds de géants qu'il voyait,
Etait mouillée encore et molle du déluge.

Comme dormait Jacob, comme dormait Judith,
Booz, les yeux fermés, gisait sous la feuillée ;
Or, la porte du ciel s'étant entre-bâillée
Au-dessus de sa tête, un songe en descendit.

Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne
Qui, sorti de son ventre, allait jusqu'au ciel bleu ;
Une race y montait comme une longue chaîne ;
Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu.

Et Booz murmurait avec la voix de l'âme :
" Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt ?
Le chiffre de mes ans a passé quatre-vingt,
Et je n'ai pas de fils, et je n'ai plus de femme.

" Voilà longtemps que celle avec qui j'ai dormi,
O Seigneur ! a quitté ma couche pour la vôtre ;
Et nous sommes encor tout mêlés l'un à l'autre,
Elle à demi vivante et moi mort à demi.

" Une race naîtrait de moi ! Comment le croire ?
Comment se pourrait-il que j'eusse des enfants ?
Quand on est jeune, on a des matins triomphants ;
Le jour sort de la nuit comme d'une victoire ;

Mais vieux, on tremble ainsi qu'à l'hiver le bouleau ;
Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe,
Et je courbe, ô mon Dieu ! mon âme vers la tombe,
Comme un boeuf ayant soif penche son front vers l'eau. "

Ainsi parlait Booz dans le rêve et l'extase,
Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés ;
Le cèdre ne sent pas une rose à sa base,
Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds.

Pendant qu'il sommeillait, Ruth, une moabite,
S'était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,
Espérant on ne sait quel rayon inconnu,
Quand viendrait du réveil la lumière subite.

Booz ne savait point qu'une femme était là,
Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d'elle.
Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèle ;
Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

L'ombre était nuptiale, auguste et solennelle ;
Les anges y volaient sans doute obscurément,
Car on voyait passer dans la nuit, par moment,
Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.

La respiration de Booz qui dormait
Se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.
On était dans le mois où la nature est douce,
Les collines ayant des lys sur leur sommet.

Ruth songeait et Booz dormait ; l'herbe était noire ;
Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ;
Une immense bonté tombait du firmament ;
C'était l'heure tranquille où les lions vont boire.

Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ;
Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ;
Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre
Brillait à l'occident, et Ruth se demandait,

Immobile, ouvrant l'oeil à moitié sous ses voiles,
Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été,
Avait, en s'en allant, négligemment jeté
Cette faucille d'or dans le champ des étoiles.

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29 janvier 2010

Lise

Lise est un des poèmes de Hugo que j’aime le plus. Je pense qu’il évoque un amour adolescent pur. C’est facile de le perdre. « Jeunes amours, si vite épanouies ». C’est pourquoi qu’il plus précieux.

Lise

J’avais douze ans ; elle en avait bien seize.

Elle était grande, et, moi, j’étais petit.

Pour lui parler le soir plus à mon aise,
Moi, j’attendais que sa mère sortît ;
Puis je venais m’asseoir près de sa chaise
Pour lui parler le soir plus à mon aise.

Que de printemps passés avec leurs fleurs !
Que de feux morts, et que de tombes closes !
Se souvient-on qu’il fut jadis des cœurs ?
Se souvient-on qu’il fut jadis des roses ?
Elle m’aimait. Je l’aimais. Nous étions
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Deux purs enfants, deux parfums, deux rayons.

Dieu l’avait faite ange, fée et princesse.
Comme elle était bien plus grande que moi,
Je lui faisais des questions sans cesse
Pour le plaisir de lui dire : Pourquoi ?
Et par moments elle évitait, craintive,
Mon oeil rêveur qui la rendait pensive.

Puis j’étalais mon savoir enfantin,
Mes jeux, la balle et la toupie agile ;
J’étais tout fier d’apprendre le latin ;
Je lui montrais mon Phèdre et mon Virgile ;
Je bravais tout; rien ne me faisait mal ;
Je lui disais : Mon père est général.

Quoiqu’on soit femme, il faut parfois qu’on lise
Dans le latin, qu’on épelle en rêvant ;
Pour lui traduire un verset, à l’église,
Je me penchais sur son livre souvent.
Un ange ouvrait sur nous son aile blanche,
Quand nous étions à vêpres le dimanche.
Elle disait de moi : C’est un enfant !

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Je l’appelais mademoiselle Lise.
Pour lui traduire un psaume, bien souvent,
Je me penchais sur son livre à l’église ;
Si bien qu’un jour, vous le vîtes, mon Dieu !
Sa joue en fleur toucha ma lèvre en feu.

Jeunes amours, si vite épanouies,
Vous êtes l’aube et le matin du cœur.
Charmez l’enfant, extases inouïes !
Et quand le soir vient avec la douleur,
Charmez encor nos âmes éblouies,
Jeunes amours, si vite épanouies!

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28 janvier 2010

Hugo écrit pour le peuple

Une des raisons pour lesquelles Hugo reste un des plus célèbres poètes en France et dans le monde tient à ce qu’il écrit pour le peuple. Hugo a réussi ce tour de force d’écrire en satisfaisant à la fois les lettrés et le peuple. Il a évité le plus souvent l’obscurité, la préciosité et les imbécillités divers qui poussent une langue à l’agonie. Il rejette par exemple autant qu’il peut les tournures latines qui conduisent à supprimer les articles en français. Écrire pour le plus grand nombre a son revers. Hugo choie les paradoxes : « Pour l’enfant, grandir, c’est chanceler », et les alliances de mots : « ces nains géants ». C’est son style.

        Les champs n’étaient point noirs, les cieux n’étaient pas mornes ;

        Non, le jour rayonnait dans un azur bornes...

Ces deux vers ouvrent le célèbre poème Tristesse d’Olympio.

        Maintenant que Paris, ses pavés et ses marbres,

        Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux ;

Et qui se poursuit par cinq « maintenant que... » eux-mêmes résolus par :

        Je reprends ma raison devant l’immensité...

Et se continue par « je viens à vous » en tête de deux quatrains successifs ; puis trois « je conviens » et caetera... qui créent un corset au roulis... À cette rhétorique supérieure et qui reste efficace, on préfère aujourd’hui, sur ce même thème, le poème plus simple et immensément retenue :

       Demain dès l’aube, a l’heure où blanchit la campagne
       Je partirai vois-tu, je sais que tu m’attends...

L’admirable est que les deux façons se trouvent chez Hugo. Il les a fait se côtoyer. On peut choisir, Hugo nous le permet. Tous les auteurs n’offrent pas une telle largesse.

La rhétorique relevait des exigences de l’époque. Ce qui est incroyable, c’est l’étendue de l’écriture hugolienne qui, à côté de ses morceaux de bravoure, peut créer avec autant de perfection une antirachitique absolument nouvelle, que vont reprendre après lui grands prêtres de la poésie moderne : Baudelaire, Verlaine et Rimbaud. Hugo a donné à comprendre que la poésie était sans limites. Car la fonction de la poésie, c’est de transmettre une expérience pour tous les hommes de tous les pays et de toutes les époques. Peu importe l’utopie. Ce rêve exige la réalité, la vérité, la clarté et la puissance de persuasion, sans lesquelles rien n’existe. Toute sa vie, Hugo a contré la sourdre tentation de la mort. C’est pour cela qu’obstinément il a voulu percer les secrets de l’au-delà. Le résultat pèse un poids d’ombre, on peut en convenir. Ce qui importe, néanmoins, comme dans toute aventure humaine, c’est la tentation du dépassement du soi. Le témoin Hugo est digne de foi.

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27 janvier 2010

Le secret de la poésie hugolienne

Victor_hugoDans la première préface des Odes écrite à 20 ans, Hugo donne sa première définition de la poésie : « La poésie, c’est tout ce qu’il y a d’intime dans tout ». L’année suivante, en 1823, apparaît une fermeté de conviction peu commune : « Il faut toujours parler comme si l’on devait être entendu, écrire comme si l’on devait être lu, et de penser comme si l’on devait être médité. » L’année après, cette vue politique accordée à la poétique : « Ce n’est pas un besoin de nouveauté qui tourment les esprits, c’est un besoin de vérité ; et il est immense. » L’originalité de Hugo, on la perçoit dès ses Odes et ballades. La littérature commence là où l’auteur perce un secret personnel et collectif. Hugo s’est crée en écrivant et il a modifié la sensibilité humaine. On l’a dit visionnaire : il a scruté la mort ; il a tenté de rendre visible ce que son esprit méditait presque sans cesse. Hugo a su donner à partager son imaginaire. Cet individualiste a su devenir universel.

Dans la poésie de Hugo, on peut discerner une évolution formelle, car elle va dans le sens d’un accroissement incessant, comme la vie de Hugo.

Les Odes et balles ainsi que Les Orientales, en 1829, sont des oeuvres de jeunesse, de style classique où la tradition est de rigueur. Hugo se trouve le disciple de Lamartine et l’admirateur de Chateaubriand.

       Durant la décennie qui court de 1830 à 1840, le lyrisme se fait plus ample. En vivant de plus en plus fort pour son propre compte, Hugo embrasse aussi de plus près l’Histoire. En un mot, il grandit. Il ne reste pas fermé au « bruit sourd que font les révolutions ». La poésie « s’adresse à l’homme, à l’homme tout entier ». En même temps que le monde change autour de lui, Hugo découvre « ce qu’il y a de triste dans le bonheur ». Bientôt l’amour va l’embraser à nouveau.

Hier, la nuit d’été, qui nous prêtait ses voiles,

Était digne de toi, tant elle avait d’étoiles.

La rhétorique chez Hugo se met au service d’une émotion que le poète entend faire vivre à son lecteur. Le poète est alors plus qu’un « écho sonore » ; il s’est fait chair. Les feuilles d’automne, en 1831, les chants du crépuscule, en 1835, Les voix intérieures, en 1837, et Les rayons et les ombres, en 1840. Pendant ce temps, Hugo ne cesse d’écrire, mais il veut faire taire la critique. Son chef-d’œuvre paraît en 856 : Les Contemplations.

Quand Hugo pense à Léopoldine, sa fille noyée, il a cet aveu dont la simplicité est bouleversante :

Et que je souffre comme père,

Moi qui souffris tant comme enfant.

Ce parallélisme en forme de coin exprime le destin. La poésie de Hugo est multiple, qui use de tous les registres, de la puissance à la douceur.

La légende des siècles, dont une première partie est publiée en 1859, les deux autres en 1877 et 1883, a fait écrire à Baudelaire : « Victor Hugo a créé le seul poème épique qui pût être créé par un homme de son temps pour des lecteurs de son temps. » La légende des siècles, cette myride de poèmes en contient un grand nombre de populaires. Là est le secret de la réussite hugolienne.

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25 janvier 2010

Victor Hugo : Témoin du siècle

Géant littéraire du 18e siècle, chef de file des romantiques et témoin majeur de son temps, Victor Hugo reste le poète et l’écrivain le plus populaire en France et peut-être dans le monde. Il est Bonnat_Hugo001zdéjà depuis plusieurs décennies considéré comme l'un des monuments de la littérature française. Victor Hugo occupe une place importante dans l'histoire des lettres françaises et celle du dix-neuvième siècle par la diversité de ses créations littéraires. Il est à la fois poète lyrique avec des recueils comme Odes et Ballades, Les Feuilles d'automne ou Les Contemplations, célèbres pour l'évocation de sa fille Léopoldine morte, mais il est aussi poète engagé contre Napoléon III dans Les Châtiments (1853) ou encore poète épique avec La Légende des siècles (1859 et 1877).

        Il est également un romancier du peuple qui rencontre un grand succès populaire avec Notre-Dame de Paris (1831) ou Les Misérables (1862). Au théâtre, il expose la théorie du drame romantique dans sa préface de Cromwell en 1827 et l'illustre principalement avec Hernani en 1830 et Ruy Blas en 1838. Victor Hugo a fortement contribué au renouvellement de la poésie.

Victor Hugo est le fils du général d'Empire Joseph Léopold Sigisbert Hugo (1773‑1828). Il passe son enfance à Paris. De fréquents séjours à Naples et en Espagne, à la suite des affectations militaires de son père, marqueront ses premières années. Ainsi, en 1811, il est, avec son frère Eugène, pensionnaire dans une institution religieuse de Madrid, le Collège des Nobles. Vers 1813, il s'installe à Paris avec sa mère qui s'est séparée de son mari, car elle entretient une liaison avec le général d'Empire Victor Fanneau de la Horie. En septembre 1815, il rentre avec son frère à la pension Cordier. D'après Adèle Hugo, c'est vers cet âge que Victor Hugo commence à versifier. Il est encouragé par sa mère à qui il lit ses œuvres, ainsi qu'à son frère Eugène. Sa vocation est précoce et ses ambitions sont immenses. Âgé de quatorze ans à peine, Victor, en juillet 1816, note dans un journal : « Je veux être Chateaubriand ou rien ».

En 1817, il participe à un concours de poésie organisé par l'Académie française sur le thème Bonheur que procure l'étude dans toutes les situations de la vie. Le jury est à deux doigts de lui adresser le prix mais le titre de son poème (Trois lustres à peine) suggère trop son jeune âge et l'Académie croit à un canular : il reçoit seulement une mention. Il concourt sans succès les années suivantes mais gagne, à des concours organisés par l'Académie des jeux floraux de Toulouse, en 1819, un Lys d'or pour la statue de Henri IV et un Amaranthe d'or pour Les Vierges de Verdun, et un prix en 1820 pour Moïse sur le Nil.

Encouragé par ses succès, Victor Hugo délaisse les mathématiques, pour lesquelles il a des aptitudes (il suit les cours des classes préparatoires), et embrasse la carrière littéraire. Avec ses frères Abel et Eugène, il fonde en 1819 une revue, « Le Conservateur littéraire », qui attire déjà l'attention sur son talent. Son premier recueil de poèmes, Odes, paraît en 1821 : il a alors dix-neuf ans. La mort de sa mère le 27 juin 1821 l'affecte profondément. En effet, les années de séparation d'avec son père l'avait rapproché de celle-ci. Il épouse, le 12 octobre 1822, une amie d'enfance Adèle Foucher qui lui donne cinq enfants. Ce mariage précipite son frère Eugène dans la folie, une schizophrénie qui conduira à son enfermement jusqu'à sa mort en 1837.

Il publie la même année Han d'Islande qui reçoit un accueil mitigé. Une critique de Charles Nodier, bien argumentée, est l'occasion d'une rencontre entre les deux hommes et de la Victor_Hugo_lisant_devant_un_mur_de_pierre__1853naissance d'une amitié. Il participera aux réunions du Cénacle à la Bibliothèque de l'Arsenal, berceau du Romantisme, qui auront une grande influence sur son développement. Celle-ci dure jusqu'à 1827-1830, date à laquelle Charles Nodier commence à être très critique envers les œuvres de Victor Hugo. Durant cette période, Victor Hugo renoue avec son père qui lui inspirera les poèmes Odes à mon père et Après la bataille. Celui-ci meurt en 1928.

        Le couple reçoit beaucoup et se lie avec Sainte Beuve, Lamartine, Mérimée, Musset, Delacroix. Adèle Hugo entretient une relation amoureuse avec Sainte Beuve qui se développe courant 1831. De 1826 à 1837, la famille séjourne fréquemment au Château des Roches à Bièvres, propriété de Bertin l'Aîné, directeur du Journal des débats. Au cours de ces séjours, Hugo y rencontre Berlioz, Chateaubriand, Liszt, Giacomo Meyerbeer et rédige des recueils de poésie dont Feuilles d'automne. Il publie en 1929, le recueil de poèmes Les Orientales. Le Dernier Jour d'un condamné paraît la même année et sera suivi de Claude Gueux en 1834. Dans ces deux courts romans, Victor Hugo présente son dégoût de la peine de mort. Le roman Notre Dame de Paris paraît en 1831.

De 1830 à 1843, Victor Hugo se consacre presque exclusivement au théâtre mais publie néanmoins des recueils de poésie Les Feuilles d'automne (1831), Les Chants du crépuscule (1835), Les Voix intérieures (1837), Les Rayons et les Ombres (1840). Déjà en 1828, il avait monté une œuvre de jeunesse Amy Robsart. L'année 1830 est l'année de création d’Hernan qui est l'occasion d'un affrontement littéraire fondateur entre anciens et modernes, ces derniers, au premier rang desquels Théophile Gautier, s'enthousiasmant pour cette œuvre romantique — combat qui restera dans l'histoire de la littérature sous le nom de « bataille d'Hernani ». Marion de Lorme, interdite une première fois en 1829 est montée en 1931 au Théâtre de la Porte Saint-Martin, Le roi s'amuse en 1832 au Théâtre-Français.

En 1833, il rencontre l'actrice Juliette Drouet, qui devient sa maîtresse et lui consacrera sa vie. Il écrira pour elle de nombreux poèmes. Lucrèce Borgia et Marie Tudor sont montées au Théâtre de la porte Saint Martin en 1833, Angelo, tyran de Padoue au Théâtre Français en 1835. Il manque de salle pour jouer les drames nouveaux, Victor Hugo décide donc, avec Alexandre Dumas, de créer une salle dédiée au drame romantique. Aténor Joly reçoit, par arrêté ministériel, le privilège autorisant la création du théâtre de la Renaissance en 1836 où sera donné, en 1838, Ruy Blas.

En 1841, Hugo accède à l'Académie française, après trois tentatives infructueuses essentiellement dues à une poignée d'académiciens menés entre autres par Étienne de Jouy, opposés au romantisme et le combattant férocement. Puis en 1843 est monté Les Burgraves qui ne recueille pas le succès escompté. Lors de la création de toutes ces pièces, Victor Hugo se heurte aux difficultés matérielles (théâtre peu propice aux spectacles d'envergure) et humaines (réticences des comédiens français devant les audaces de ses drames). Ses pièces sont régulièrement sifflées par un public peu sensible au drame romantique, même si elles reçoivent aussi de la part de ses admirateurs de vigoureux applaudissements.

En 1843, Léopoldine meurt tragiquement à Villequier, noyée avec son mari Charles Vacquerie dans le naufrage de leur barque. Hugo sera terriblement affecté par cette mort qui lui inspirera plusieurs poèmes des Contemplations — notamment, le fameux « Demain, dès l'aube... ». À partir de cette date et jusqu'à son exil, Victor Hugo ne produira plus rien, ni théâtre, ni roman ni poème. Certains voient dans la mort de Léopoldine et l'échec des Burgraves une raison de cette désaffection de Victor Hugo pour la création littéraire. D'autres voient, dans cette désaffection, l'attrait pour la politique qui lui offre une autre tribune.

Élevé par sa mère bretonne dans l'esprit du royalisme, il se laisse peu à peu convaincre de l'intérêt de la démocratie (« J'ai grandi », écrit-il dans le poème « Écrit en 1846 » en réponse à un reproche d'un ami de sa mère). Son idée est que « là où la connaissance n'est que chez un homme, la monarchie s'impose. Là où elle est dans un groupe d'hommes, elle doit faire place à l'aristocratie. Et quand tous ont accès aux lumières du savoir, alors le temps est venu de la démocratie ».

      Au début de la Révolution de 1848, il est élu député de la deuxième République et siège parmi les conservateurs. Mais il désapprouve la répression sanglante de l'émeute de juin 48. Il fonde le journal L'Événement en août 1848. Il soutient la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte élu Président de la République en décembre 1848. Après la dissolution de l'assemblée nationale, il est élu en 1849 à l'assemblée législative et prononce son Discours sur la misère. Il rompt avec Louis-Napoléon Bonaparte lorsque celui-ci soutient le retour du Souverain-Pontife à Rome et il se bat progressivement contre ses anciens amis politiques dont il réprouve la politique réactionnaire.

      Hugo s'exile après le coup d'État du 2 décembre 1851 qu'il condamne vigoureusement pour des raisons morales dans Napoléon le petit, pamphlet publié en 1852, dans Histoire d'un crime, écrit au lendemain du coup d'état et publié 25 ans plus tard et dans Les Châtiments.

      Sous le Second Empire, opposé à Napoléon III, il vit en exil à Bruxelles, puis à Jersey et enfin à Guernesey. Pendant ces années difficiles, il publiera notamment Les Châtiments (1853), œuvre en vers qui prend pour cible le Second Empire ; Les Contemplations, poésies (1856) ; La Légende des siècles (1859), ainsi que Les Misérables, roman (1862). Le souvenir douloureux de Léopoldine sa fille — ainsi que sa curiosité — le pousse à tenter, à Jersey, des expériences de spiritisme consignées dans Les Tables tournantes de Jersey.

      

        Pendant les années 1860, il traverse plusieurs fois le Grand-Duché de Luxembourg comme touriste, alors qu'il se rend sur le Rhin allemand (1862, 1863, 1864, 1865). En 1871, après la Commune de Paris, tandis qu'il est expulsé de Belgique pour y avoir offert asile aux communards poursuivis dans la capitale française, il trouve refuge pendant trois mois et demi dans le Grand-Duché (1er juin–23 septembre). Il séjourne successivement à Luxembourg, à Vianden (deux mois et demi), à Diekirch et à Mondorf, où il suit une cure thermale.

        Après la chute du Second Empire consécutive à la guerre franco-prussienne de 1870, c'est l'avènement de la Troisième République : Hugo peut enfin rentrer après vingt années d'exil. Pris dans la tourmente du siège de Paris, il ne peut assister au lancement du ballon monté qui porte son nom : il a été prévenu trop tardivement ! Jusqu'à sa mort, en 1885, il restera une des figures tutélaires de la république retrouvée — en même temps qu'une référence littéraire incontestée. Il décède le 22 mai 1885, dans son hôtel particulier « La Princesse de Lusignan ». Selon la légende, ses derniers mots furent : « Ceci est le combat du jour et de la nuit... Je vois de la lumière noire ». Conformément à ses dernières volontés, c'est dans le « corbillard des pauvres » qu'eut lieu la cérémonie. Il est d'abord question du Père Lachaise mais le premier juin, suite au décret du 26 mai 1885, il sera finalement conduit au Panthéon, la jeune Troisième République profitant de cet évènement pour retransformer l'église Sainte-Geneviève en Panthéon. Avant son transfert, son cercueil est exposé une nuit sous l'arc de triomphe. Plus d' un million de personnes et de nombreuses délégations se sont déplacées pour lui rendre un dernier hommage , le cortège vers le Panthéon s'étire sur plusieurs kilomètres.

(d'après les ressources de Wikipédia) http://fr.wikipedia.org/wiki/Victor_Hugo

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21 janvier 2010

Oberman à Imenstrôme

2008111803059100_2Oberman a dû quitter Paris, où ses affaires ne s’arrangent pas. Il est ruiné et part pour Lyon chez son ami. Un héritage rétablit sa situation et il retourne en Suisse, où il cherche à nouveau un endroit pour s’établir. Finalement il fait bâtir une maison à Imenstrôme et y aménage un domaine. Malgré cette activité nouvelle, sa profonde insatisfaction persiste. Le roman n’a point à proprement parler de dénouement : Oberman se consacrera à l’amitié, à l’exploitation de sa propreté. Malgré son amour pour la sœur d’un de ses amis, sa peur des attachements l’empêchera de demander à la passion une consolation. Voici un extrait de son journal à Imenstrôme.

Je n’attendrai plus des jours meilleurs. Les mois changent, les années se succèdent : tout se renouvelle en vain ; je reste le même. Au milieu de ce que j’ai désiré, tout me manque ; je n’ai rien obtenu, je ne possède rien : l’ennui consume ma durée dans un long silence. Soit que les vaines sollicitudes de la vie me fassent oublier les choses naturelles, soit que l’inutile besoin de jouir me ramène à leur ombre, le vide m’environne tous les jours, et chaque saison semble l’étendre davantage autour de moi. Nulle intimité n’a consolé mes ennuis dans les longues brumes de l’hiver. Le printemps vint pour la nature, il ne vint pas pour moi. Les jours de vie réveillèrent tous les êtres : leur feu indomptable me fatigua sans me ranimer ; je devins étranger dans le monde heureux. Et maintenant les fleurs sont tombées, le lis a passé lui-même ; la chaleur augmente, les jours sont plus longs, les nuits sont plus belles. Saison heureuse ! Les beaux jours me sont inutiles, les douces nuits me sont amères. Paix des ombrages ! brisement des vagues ! silence ! lune ! oiseaux qui chantiez dans la nuit ! sentiments des jeunes années, qu’êtes-vous devenus ?

Les fantômes sont restés : ils paraissent devant moi : ils passent, repassent, s’éloignent, comme une nuée mobile sous cent formes pâles et gigantesques. Vainement je cherche à commencer avec tranquillité la nuit du tombeau ; mes yeux ne se ferment point. Ces fantômes de la vie se montrent sans relâche, en se jouant silencieusement ; ils approchent et fuient, s’abîment et reparaissent : je les vois tous, et je n’entends rien ; c’est une fumée ; je les cherche, ils ne sont plus. J’écoute, j’appelle, je n’entends pas ma voix elle-même, et je reste dans un vide intolérable, seul, perdu, incertain, pressé d’inquiétude et d’étonnement, au milieu des ombres errantes, dans l’espace impalpable et muet. Nature impénétrable ! ta splendeur m’accable, et tes bienfaits me consument. Que sont pour moi ces longs jours ? Leur lumière commence trop tôt ; leur brûlant midi m’épuise ; et la navrante harmonie de leurs soirées célestes fatigue les cendres de mon cœur : le génie qui s’endormait sous ses ruines a frémi du mouvement de la vie.

Les neiges fondent sur les sommets ; les nuées orageuses roulent dans la vallée : malheureux que je suis ! les cieux s’embrasent, la terre mûrit, le stérile hiver est resté dans moi. Douces lueurs du couchant qui s’éteint ! grandes ombres des neiges durables ! et l’homme n’aurait que d’amères voluptés quand le torrent roule au loin dans le silence universel, quand les chalets se ferment pour la paix de la nuit, quand la lune monte au-dessus du Velan !

Dès que je sortis de cette enfance que l’on regrette, j’imaginai, je sentis une vie réelle ; mais je n’ai trouvé que des sensations fantastiques : je voyais des êtres, il n’y a que des ombres ; je voulais de l’harmonie, je ne trouvai que des contraires. Alors je devins sombre ; le vide creusa mon cœur ; des besoins sans bornes me consumèrent dans le silence, et l’ennui de la vie fut mon seul sentiment dans l’âge où l’on commence à vivre. Tout me montrait cette félicité pleine, universelle, dont l’image idéale est pourtant dans le cœur de l’homme, et dont les moyens si naturels semblent effacés de la nature. Je n’essayais encore que des douleurs inconnues ; mais quand je vis les Alpes, les rives des lacs, le silence des chalets, la permanence, l’égalité des temps et des choses, je reconnus des traits isolés de cette nature pressentie. Je vis les reflets de la lune sur le schiste des roches et sur les toits de bois ; je vis des hommes sans désirs ; je marchai sur l’herbe courte des montagnes ; j’entendis des sons d’un autre monde.

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20 janvier 2010

Le paradis de Senancour

220px_SenancourLorsque l’on parle de la Suisse, le paysage pittoresque, le fromage et deux écrivains Rousseau et Senancour sont les premières choses auxquelles je songe. En tant que précurseur du Romantisme, philosophe, et pédagogue, Rousseau est une des personnalités que j’admire le plus. Plus tard, je vais lui consacrer plusieurs articles.

Senancour est aussi un écrivain que j’aime beaucoup. J’ai lu les rêveries du promeneur solitaire et Oberman, deux ouvrages qui manifestent les styles mélancoliques de Rousseau et Senancour. Dans Oberman, le plus célèbre roman de Senancour, le héros Oberman raconte sa vie en Suisse. En fait, durant l’adolescence, Senancour se prit de passion pour Rousseau. Il fut morose, repliée. Il se donna une habitude de l’analyse, de l’introspection, de la méditation religieuse dont il profitera après le commencement de sa carrière d’écrivain. Senancour se réfugiait dans l’univers qu’il imagina d’après les récits de voyageurs.

« Si je cherche dans mon enfance ces premières impressions d’un cœur mélancolique, je trouve des impressions ineffaçables, formées de ces illusions dont aucun âge n’a possédé le bonheur. »

Senancour écrit ainsi. Cette tendance à la mélancolie prévoit le style de ses ouvres ultérieures. À 19 ans, il s’enfuit en Suisse, pasys dont il apprécie la beauté encore sauvage et la simplicité des moeurs chères à son coeur de rousseauiste. Il y demeure quelques années, puis de retour à paris, il devient précepteur dans une famille noble et fréquente une sociétéélégante et cultivée. Retiré à Saint-Cloud auprès de sa fille, il meut en 1846, ayant sans doute connu la machance de naître deux ans après Chateaubriand et de mourir deux ans avant lui.

Oberman fut publié en 1804, qui vaudra la gloire auprès des romantiques. Ce roman, souvent difficile, profondément philosophique, ne pouvait atteindre un très vaste lectorat lors de sa parution. Mais il fut redécouvert avec ferveur par les romantiques de 1830 qui y puisèrent en partie leur inspiration : Sainte-Beuve, George Sand, par des articles dans la Revue de Paris et dans la Revue des deux Mondes, lancèrent cette œuvre qui connut alors des rééditions. Volupté de Sainte-Beuve, Lélia de George Sand, Les Illusions perdues et la Peau de chagrin de Balzac se font l’écho de la désespéran9782080711373ce d’Oberman, de ses élans vers le monde de l’idéal et de ses retombées dans l’ennui et le spleen.

On peut lire Oberman comme le journal intime de Senancour en Suisse. Son amertume s'exprime à travers ce journal intime d'un héros malheureux, dévoré d'ennui, d’angoisses et d'inquiétudes. On assiste aussi à une dialectique tragique du moi et du monde extérieur où les êtres sont des fantômes et la nature est immobile, figée, stérile, morte.

Dans ce roman, Oberman est un jeune homme qui a fui sa famille parce que celle-ci voulait lui imposer les « misérables chaînes » d’un mariage et d’un métier. Il a le dégoût de tout : « J’ai le malheur de ne pouvoir être jeune. » Il décide de fuir le monde et de quitter la France pour s’établir en Suisse, d’où il écrit, pour se justifier, à un ami qui habite à Lyon. Ses lettres DSCN5818constituent le roman. Après divers changements de résidence qui traduisent son instabilité et le sentiment d’ « intolérable vide » qu’il éprouve partout, il s’est fixé provisoirement à Saint-Maurice, dans le Valais, d’où il fait une ascension dans les alpes ; il ne tarde pas à renvoyer son guide et parvient seul « jusqu’à la religion des glaces perpétuelles sur le dent du Midi » : Dans « ces monts déserts où le ciel est immense et la vie plus permanente », il contemple et médite.

      À la fin, je voudrais remercier Mme Béatrice Didier, directrice du département littérature et langage à l’École normale supérieure. Elle est aussi un spécialiste de Senancour. C’est par lire son ouvrage(à droite la photo que j'ai prise) sur la littérature française que j'ai commencé à apprécier Senancour et à aimer Oberman. En 2004, la France a célébré le 200e anniversaire de la parution d’Oberman. Senancour est vraiment écrivain reconnu en France. Et Mme Béatrice Didier a écrit la présentation pour ces Célébrations. Voici le site de Célébrations nationales de 2004.

http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/celebrations2004/senancour.htm 


Voici un extrait d’Oberman que j’aime beaucoup

Je ne saurais vous donner une juste idée de ce monde nouveau, ni exprimer la permanence des monts dans une langue des plaines. Les heures m’y semblaient à la fois et plus tranquilles et plus fécondes, et, comme si le roulement des astres eût été ralenti dans le calme universel, je trouvais dans la lenteur et l’énergie de ma pensée une succession que rien ne précipitait et qui pourtant devançait son cours habituel. Quand je voulus estimer sa durée, je vis que le soleil ne l’avait pas suivie ; et je jugeai que le sentiment de l’existence est réellement plus pesant et plus stérile dans l’agitation des terres humaines. Je vis que, malgré la lenteur des mouvements apparents, c’est dans les montagnes, sur leurs cimes paisibles, que la pensée, moins pressée, est plus véritablement active. L’homme des vallées consume, sans en jouir, sa durée inquiète et irritable ; semblable à ces insectes toujours mobiles qui perdent leurs efforts en vaines oscillations, et que d’autres, aussi faibles, mais plus tranquilles, laissent derrière eux dans leur marche directe et toujours soutenue.

La journée était ardente, l’horizon fumeux et les vallées vaporeuses. L’éclat des glaces remplissait l’atmosphère inférieure de leurs reflets lumineux ; mais une pureté inconnue semblait essentielle à l’air que je respirais. A cette hauteur, nulle exhalaison des lieux bas, nul accident de lumière ne troublait, ne divisait la vague et sombre profondeur des cieux. Leur couleur apparente n’était plus ce bleu pâle et éclairé, doux revêtement des plaines, agréable et délicat mélange qui forme à la terre habitée une enceinte visible où l’œil se repose et s’arrête. Là l’éther indiscernable laissait la vue se perdre dans l’immensité sans bornes ; au milieu de l’éclat du soleil et des glaciers, chercher d’autres mondes et d’autres soleils comme sous le vaste ciel des nuits ; et par-dessus l’atmosphère embrasée des feux du jour, pénétrer un univers nocturne.

Insensiblement des vapeurs s’élevèrent des glaciers et formèrent des nuages sous mes pieds. L’éclat des neiges ne fatigua plus mes yeux, et le ciel devint plus sombre encore et plus profond. Un brouillard couvrit les Alpes ; quelques pics isolés sortaient seuls de cet océan de vapeurs ; des filets de neige éclatante, retenus dans les fentes de leurs aspérités, rendaient le granit plus noir et plus sévère. Le dôme neigeux du mont Blanc élevait sa masse inébranlable sur cette mer grise et mobile, sur ces brumes amoncelées que le vent creusait et soulevait en ondes immenses. Un point noir parut dans leurs abîmes ; il s’éleva rapidement, il vint droit à moi ; c’était le puissant aigle des Alpes, ses ailes étaient humides et son œil farouche ; il cherchait une proie, mais à la vue d’un homme il se mit à fuir avec un cri sinistre, il disparut en se précipitant dans les nuages. Ce cri fut vingt fois répété ; mais par des sons secs, sans aucun prolongement, semblables à autant de cris isolés dans le silence universel. Puis tout rentra dans un calme absolu ; comme si le son lui-même eût cessé d’être, et que la propriété des corps sonores eût été effacée de l’univers. Jamais le silence n’a été connu dans les vallées tumultueuses ; ce n’est que sur les cimes froides que règne cette immobilité, cette solennelle permanence que nulle langue n’exprimera, que l’imagination n’atteindra pas. Sans les souvenirs apportés des plaines, l’homme ne pourrait croire qu’il soit hors de lui quelque mouvement dans la nature ; le cours des astres lui serait inexplicable ; et jusqu’aux variations des vapeurs, tout lui semblerait subsister dans le changement même. Chaque moment présent lui paraissant continu, il aurait la certitude sans avoir jamais le sentiment de la succession des choses ; et les perpétuelles mutations de l’univers seraient à sa pensée un mystère impénétrable.

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18 janvier 2010

Tristan et Iseult

Tristan_et_IeuldeRécemment, j’ai lu le roman Tristan et Iseult reconstitué par un historien français Joseph Bédier. En fait, l’histoire de Tristan et Iseult est issue d'une légende celtique qui date de très longtemps. Cette légende ne s'est probablement pas constituée en une seule fois, mais développée progressivement de manière orale et transmise de génération en génération. L’histoire de Tristan et Iseult fait son entrée dans la littérature écrite au XIIe siècle. Dès lors, les célèbres versions de cette histoire comme celle de Béroule et de Thomas d’Angleterre ont vu le jour. Mais c’est Joseph Bédier qui a composé une version intégrale. Son ouvrage a fait redécouvrir l'histoire et est devenu la version de référence pour les lecteurs non-spécialistes du XXe siècle.

      J’ai connu cette légende depuis longtemps. j’écoute souvent l’opéra Tristan et Iseult composé par Wagner qui est peut-être plus célèbre que le roman du même titre. Cette « Actions en trois actes » est souvent considérée comme l'une des plus importantes du théâtre lyrique occidental. Bien que je ne comprenne l’allemand, mais après avoir lu des textes en chinois et grâce à la belle musique je suis attiré par cette tragédie.


      La version de Wagner et celle de Bédier sont très différentes en matière de scénario et personnages. Si on dit que celle de Bédier est un roman chevalier, celle de Wagner est une tragédie classique. D’abord, je vais raconter le scénario de la version de Bédier.

Le roi de Loonois, Rivalen, épousa Bleunwenn , la sœur de Marc, roi de Cornouaille. Rivalen alla en guerre et il fut tué. Puis Bleunwenn donna naissance à un fils Tristan puis elle mourut de chagrin de son mari.

    Roi Marc adopta Tristan et le traita comme son fils. Roi Marc devait payer du paiement d’un tribut auprès du roi d’Irlande. Quelques années plus tard, Tristan décida de couper cette coutume et il devait combattre le géant Morholt, le beau-frère du roi, dans une île. Pendant le combat, Tristan reçut un coup d’épée empoisonnée, mais il blessa également mortellement le géant. Sans le moindre espoir de se guérir, Tristan demanda au roi de lui installer dans un bateau et de lui laisser flotter en mer. Par un hasard de sort, Tristan fut emporté en Irlande et la fille du roi, qui avait le pouvoir de neutraliser le poison, le trouva et le guérit sans savoir qu’il avait tué son oncle Morholt. Une fois rétabli, il retourna près de son oncle.

    Marc souhaita succéder à son neveu la tête de la Cornouaille, mais des seigneurs s’opposèrent, préférant une succession directe à son propre fis. Un jour Le roi trouva un cheveu d’or déposé par un oiseau dans sa chambre et il décréta qu'il épouserait celle à qui appartint le cheveu d'or, Tristan se souvint d’Iseut et proposa un voyage auprès du roi d’Irlande. À peine débarqué, Il appris qu’il y avait un dragon terrible qui ravageait ce royaume. Le roi d’Irlande promis d’épouser sa fille à celui qui tuerait le dragon. Au péril de sa vie, Tristan le tua mais il fut mortellement blessé. Il coupa la langue du fragon pour se prouver et puis il perdit la conscience au bord d’une rivière. Un baron vit le corps du dragon et il en coupa la tête et alla à la cour pour demander au roi de réaliser sa promesse. En même temps, Tristan fut trouvé par Iseut et il fut guéri par elle. Lorsque Tristan se reposait, Iseut vit que l’épée du chevalier portait une marque qui correspondait à un morceau de fer, retrouvé dans le crâne de Morholt ; Elle compris que c’était Tristan qui avait tué son oncle, mais elle sut que si elle le tua, elle devrait marier le baron qu’elle détestait. Malgré la volonté, elle aida Tristan à prouver qu’il avait tué le dragon. Le baron qui avait menti fut condamné à l’exil par le roi qui ensuite déclara que sa fille épouserait le roi de Cornouaille.

    La reine d’Irlande remis un philtre magique à Brangien, la servante d’Iseut qui l’accompagnerait sans le dire à Iseut. La puissance du philtre garantirait que ceux qui le buvaient tomberaient éternellement amoureux de L’un et de l’autre, et qu’une séparation plus d’une semaine leur serait insupportable. Durant le voyage, Tristan but du breuvage magique par accident et puis Iseut le but aussi. L’effet était instantané. Ils se tombèrent amoureux. Iseut épousa Roi Marc. Durant le jour, Tristan et Iseut s comportaient comme baron et reine, mais lorsque la nuit tombait, Tristan alla dans la chambre d’Iseut en secret pour lui dire son amour. Mais le jour vint que ce secret fut dévoilé. Plusieurs le barons découvrirent et rendirent compte au Roi qui le crut et mis un piège. Il se cachait dans le jardin devant la chambre d’Iseut. Mais Tristan le vit et quand Iseut sortit de la chambre il parla de chose sérieuse. Roi Marc les considéra innocents. Puis certains barons les accusèrent de nouveau.

    Après plusieurs reprises, leur affaire fut enfin mise au jour. Le roi les condamna à peine de mort. Avec l’aide des amis, Les amants prirent la fuite et décidèrent de vivre dans la forêt. Au bout de trois ans, la magie du philtre finit. Après un long temps de recherche, le roi les surprit endormis dans une grotte, l’épée de Tristan mit dans le sol entre eux. Le roi pensa qu’il s'agit d’un signe de courtoisie et de respecte de la pureté. Il remplaça l’épée par la sienne, met son anneau au doigt d’Iseut et s'en alla. Au réveil, ils comprirent que le roi les avait épargnés. Ils décidèrent de se séparer. Iseut retourna près du roi Marc. Tristan s'en alla dans l’île de Bretagne. Tristan épousa Iseut aux mains blanches, dont la beauté lui rappelait celle d’Iseut la blonde. Lors d’une expédition dans une terre inconnue, il fut gravement blessé. Une fois de plus, seule Iseut la Blonde pourrait le sauver. Il demanda ses amis de faire recours au Iseut la Blonde et si elle accepta, ils reviendraient avec une voile blanche, sinon avec une voile noir. Plusieurs jours plus tard, Iseut arriva, mais l’épouse officielle de Tristan, comblée d’indignation et de jalousie, lui dit que la voile était noire. Se croyant abandonné par celle qu’il aimait, il quitta ce monde terrestre. Iseut la blonde, arrivée près du corps de Tristan, mourut de chagrin. Le roi Marc ramena les corps des amants et les fit enterrer en Cornouaille, l’un près de l’autre.

     Le scénario de ce roman peut nous amener à rapprocher trop rapidement Tristan et Ieult du genre du roman courtois. Mais en fait, il y a une différence entre Tristan et Ieult et les romans courtois. Elle tient à ce que dans les derniers, le désir ou l’amour est dissimulé, au moins maîtrisé ou canalisé. Mais dans le roman de Tristan et Ieult, le désir des amants est incapable de se maîtriser ainsi qu’ils s’enfuient et se réfugient dans la forêt. Leur salutation tient à la vie ensemble et conjugale. Ainsi ne faut-il moins qu’un chant joyeux qui exalte leur amour. Au contraire, l’amour n’est jamais réalisé dans les romans courtois et la mélancolie et l’angoisse plutôt que l’exaltation ou la délire y s’avèrent sous forme de vers chantés. À la fin du Tristan et Ieult, leur mort sublime l’amour fragile qui dépasse les bornes du monde terrestre.

       Tout comme celui de Roméo et Juliette, l’amour entre Tristan et Ieult est ardent et fiévreux. Le dénouement de ce roman nous fait les déplorer. On regrette qu’ils ne peuvent pas rester ensemble même si ils s’aiment à la folie. C’est là l’importance de l’amour : Il est si précieux que l’on le défend au prix de la vie. Si vous avez de l’occasion, n’hésitez pas à lire ce roman.

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15 janvier 2010

Un jour de deuil

____Un violent séisme de magnitude 7 à l'échelle de Richter a frappé Haïti 12 janvier 2010. C’est vraiment un jour de tristesse pour le monde. On ne sait pas encore exactement combien de personne ont quitté ce monde dans cette catastrophe. Je souhaite que ceux qui sont encore dans la zone ravagée vivent jusqu’à ce que l’aide et des équipes de sauvetage soient venus. Ce séisme me rappelle celui qui a dévasté Sichuan en mai, 2008. À ce moment-là, toute la communauté internationale a donné un coup de main à la Chine. Maintenant deux ans après, on a peu à peu reconstruit les maisons et rétabli la vie. Je peux me sentir ce que les Haïtiens éprouvent après une telle catastrophe. Je veux dire au peuple de Haïti : Soyez optimistes. Demain est un autre jour et la belle vie reviendra. Nous sommes avec vous. La communauté internationale s’est déjà mobilisé pour vous aider.

La Francophonie a pris des mesures pour aider Haïti. Le Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Abdou Diouf(son portrait), a exprimé mercredi sa diouf_abdou_presiprofonde solidarité au peuple haïtien, et il a appelé les pays membres de l’organisation dont il a la charge, à se mobiliser « très rapidement » pour venir en aide aux victimes.

La France a été la première à réagir : 70 sapeurs-pompiers de la sécurité civile, des médecins du SAMU et une unité de gendarmerie ont atterri à Port-au-Prince. Ils se sont aussitôt mis au travail pour rechercher des survivants et secourir des blessés. Un nouveau détachement de la sécurité civile accompagné de membres d’ONG est arrivé le 13 et est à pied d’œuvre. Deux autres avions acheminant des renforts sont partis le 13 et depuis Paris, le centre de crise du Quai d’Orsay a été activé. Il fonctionne 24h/24h pour coordonner le déploiement du dispositif français sur le terrain. Sur place, en dépit du chaos qui règne, l’ambassade de la France s’implique activement dans l’organisation des secours. Alain Joyandet se rend immédiatement en Haïti. A la demande de Nicolas Sarkozy et de Bernard Kouchner, le secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie exprime ainsi la solidarité de la France à ce peuple meurtri.

La Belgique se mobilise aussi pour aider Haïti. Le ministre des Affaires étrangères de la Belgique Steven Vanackere a décidé de "convoquer une réunion d'urgence du team B-Fast (Belgian First Aid & Support Team), afin d'évaluer les possibilités d'assistance aux personnes touchées par" le tremblement de terre qui s'est produit en Haïti.

La Suisse a dépêché une équipe d'intervention d'urgence en Haïti. L'équipe d'intervention d'urgence - une infirmière, trois pilotes et sept membres du Corps suisse d'aide humanitaire - est partie de Zurich dans le matin du 14. La Croix-Rouge Suisse (CRS) a débloqué un million de francs au titre de l'aide d'urgence.

Un grand nombre des pays francophones ainsi que les autres pays non francophones ont donné un coup de main à l’Haïti en premier temps.________

En même temps, La Chine a aussi envoyé des équipes de sauvetage international à Haïti. Selon le Bureau de sismologique de Chine, l'équipe chinoise de sauvetage international déploie les opérations de recherche et de secours en Haïti. Elle a déjà sauvé et prodigué des soins à une centaine de sinistrés.

Voici un poème de Hugo. Il l’a écrit après que sa fille Léopoldine s’était noyée. Je souhaite que ce poème puisse apaiser la tristesse de ceux qui ont perdu leurs parents et leurs bien-aimés en Haïti.

Demain dès l’aube, a l’heure où blanchit la campagne
Je partirai vois-tu, je sais que tu m’attends
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées
Triste et le jour pour moi sera comme la nuit

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur
Et quand j’arriverai ? je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur

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14 janvier 2010

Le Taoïsme

Après avoir présenté le Confucianisme, je vais parler un peu du Taoïsme. À travers 5000 d’histoire de la Chine, le Confucianisme et le Taoïsme sont les deux bases de l’esprit chinois. On ne peut pas parler de l’un en négligeant l’autre. Personnellement, j’apprécie le Taoïsme plus que confucianisme parce que j’aspire à une vie tranquille, insouciante, sans le fardeau du travail et la pression suscitée par la concurrence. Mais je sais que c’est impossible de mener une vie comme ça dans le monde contemporain. Le Taoïsme est précieux d’autant plus qu’il difficile à pratiquer. On a besoin d’un esprit qui résiste aux certaines séductions, qui demeure calme comme une montagne et qui se contente de ce qu’il a. Bien entendu, on a aussi besoin de Confucianisme parce que l’homme doit faire des progrès, franchir des obstacles et surmonter soi-même. Sinon, tout le monde serait cynique et il n’y aurait pas de développements scientifiques, technologiques et culturelles. La civilisation humaine n’existerait même pas. Comment équilibrer la séduction et le contentement ? Comment équilibrer le travail et la famille ? Comment équilibrer ce que l’on désire et ce que l’on a besoin ? C’est une question posée pour moi, et pour tout le monde. Peut-être avez-vous déjà la réponse, peut-être après avoir lu ma présentation, aurez-vous une meilleure.

Si on dit le Confucianisme est le jour, puis le Taoïsme est sans doute la nuit. Ces deuxDao_caoshu courants de pensée apparaîtrent en s’opposant à l’un et l’autre. À partir de la dynastie Han, le Confucianisme et le Taoïsme se sont définis par rapport à l’un et l’autre. Le Confucianisme préconise assumer la vie en société et chercher à l’améliorer. Le Taoïsme, en revanche, considère qu’il est impossible et dangereux d’améliorer la société, qui n’est qu’un cadre artificiel empêchant le naturel de s’exprimer. Cependant, ces deux courants de pensée partagent l’héritage du fond culturel chinois, qui est beaucoup plus important que ce qui les sépare. Les lettrés chinois les ont souvent perçus comme deux moyens différents d’arriver au même but : la sagesse pour soi et la société ; chacun est efficace dans son domaine. On constate dans toutes les échelles leur influence. Toute la culture chinoise se fonde sur ces deux courants philosophiques et y puise les sources jusqu’à présent.

Le Taoïsme, traduit littéralement en français, c’est « enseignement de la voie ». Ce courant se fonde sur des textes entre autres le Tao Tö King de Lao Tseu. L’influence du Taoïsme est si vaste que plusieurs courants y puisent des sources comme le Bouddhisme Chan (ancêtre du zen japonais), un naturalisme visible dans la calligraphie et l’art, etc. Selon le Taoïsme, le Tao est à l'origine de tout ce qui existe et dirige l'univers (guerre, paix, calamités, tout arrive par le Tao). Par conséquent, l'homme doit chercher à vivre en harmonie avec le Tao et doit adopter une morale de l'inaction car la nature est bonne. Lao-tseu(son portrait à droite) est d'accord pour dire avec Confucius que la société doit être gouvernée par un sage. Là où il diverge totalement, c'est quand il dit qu'une fois arrivé au pouvoir, le Prince ne doit rien faire, laisser le peuple aller de lui-même. Un bon gouvernement est un gouvernement qu__i ne gouverne pas. Les taoïstes nous proposent donc un retour à l'état de nature.

    Laozi (Lao-tseu) et Zhuangzi (Tchouang-tseu)sont deux figures les plus importantes pendant le développement du Taoïsme. Salué comme le grand fondateur du Taoïsme, Laozi (Lao-tseu) nous a laissé un court recueil d’aphorismes obscurs et poétiques : Le Dao De Jing. Zhuangzi (Tchouang-tseu), de sa part, a composé un recueil de fables dialoguées, vivantes et d’enseignement profond. La forme en apparence plus directe, plaisante et pleine d’humour, traite au fond de thèmes philosophiques rigoureusement sentis. Zhuangzi (Tchouang-tseu) et Laozi (Lao-tseu) sont tous considérés comme saints sans ambition qui se contentent de mener une vie tranquille et qui se libèrent des contraintes sociales. Ces textes permettent de dégager quelques thèmes taoïstes.

Suivre la voie.

La conception de l’harmonie occupe une place importante dans la sagesse chinoise. L’harmonie, pour les taoïstes, se trouve en plaçant son cœur et son esprit (le caractère chinois du cœur désigne les deux entités) dans la Voie (le Tao), c’est-à-dire dans la même voie que la nature. Le taoïsme est un idéal d’insouciance, de spontanéité, de liberté individuelle, de refus des rigueurs de la vie sociale. Pour se libérer des contraintes sociales, le taoïste peut fuir la ville et se retirer dans les montagnes ou vivre en paysan.

       Les idées taoïstes revêtirent une conception de dialectique. Par exemple, il y a une histoire dans Zhuangzi : un arbre tordu, dont le menuisier ne peut faire de planches, vivra de sa belle vie au bord du chemin, tandis qu’un arbre bien droit sera coupé en planches puis vendu par le bûcheron. Ce qu’on  en dégage c’est que le plus puissant n’est pas forcément celui qui survit et L’inutilité est garante de sérénité, de longue vie. Il convient donc d’être inutile, vide, sans qualités, transparent, de « vomir son intelligence », de n’avoir pas d’idées préconçues et le moins d’opinions possibles. Cela me donne à réfléchir. Est-ce inutile de faire mes études à l’université ?

Non agir(wu-wei)

Wu-wei est une idée principale de Laozi. le taoïsme s’attache à cultiver l’efficacité particulière qui découle de l’absence d’intentions. L’activité de certains artisans est minutieusement décrite par Zhuang Zi. Il montre un boucher ou un charron qui ont acquis la plus grande maîtrise de leur art après des années d’apprentissage, mais surtout, ils peuvent oublier les règles et la matière qu’ils travaillent, conduits par le Tao. Ils laissent les gestes et leur corps opérer seul, sans intention consciente de la volonté. L’art le plus humble permet à tous d’atteindre un absolu. On rencontre tous les jours des situations qui montrent que le vouloir peut interférer avec l’action du corps et produire des œuvres ratées. Une part d’« inconscience » est souvent nécessaire pour peindre, écrire, sculpter, chanter. Qui veut bien faire n’arrive au mieux qu’au médiocre. Pour un créateur, aspirer au Beau ne conduit souvent qu’à des œuvres qui sentent la sueur et la colle.

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