Victor_hugoDans la première préface des Odes écrite à 20 ans, Hugo donne sa première définition de la poésie : « La poésie, c’est tout ce qu’il y a d’intime dans tout ». L’année suivante, en 1823, apparaît une fermeté de conviction peu commune : « Il faut toujours parler comme si l’on devait être entendu, écrire comme si l’on devait être lu, et de penser comme si l’on devait être médité. » L’année après, cette vue politique accordée à la poétique : « Ce n’est pas un besoin de nouveauté qui tourment les esprits, c’est un besoin de vérité ; et il est immense. » L’originalité de Hugo, on la perçoit dès ses Odes et ballades. La littérature commence là où l’auteur perce un secret personnel et collectif. Hugo s’est crée en écrivant et il a modifié la sensibilité humaine. On l’a dit visionnaire : il a scruté la mort ; il a tenté de rendre visible ce que son esprit méditait presque sans cesse. Hugo a su donner à partager son imaginaire. Cet individualiste a su devenir universel.

Dans la poésie de Hugo, on peut discerner une évolution formelle, car elle va dans le sens d’un accroissement incessant, comme la vie de Hugo.

Les Odes et balles ainsi que Les Orientales, en 1829, sont des oeuvres de jeunesse, de style classique où la tradition est de rigueur. Hugo se trouve le disciple de Lamartine et l’admirateur de Chateaubriand.

       Durant la décennie qui court de 1830 à 1840, le lyrisme se fait plus ample. En vivant de plus en plus fort pour son propre compte, Hugo embrasse aussi de plus près l’Histoire. En un mot, il grandit. Il ne reste pas fermé au « bruit sourd que font les révolutions ». La poésie « s’adresse à l’homme, à l’homme tout entier ». En même temps que le monde change autour de lui, Hugo découvre « ce qu’il y a de triste dans le bonheur ». Bientôt l’amour va l’embraser à nouveau.

Hier, la nuit d’été, qui nous prêtait ses voiles,

Était digne de toi, tant elle avait d’étoiles.

La rhétorique chez Hugo se met au service d’une émotion que le poète entend faire vivre à son lecteur. Le poète est alors plus qu’un « écho sonore » ; il s’est fait chair. Les feuilles d’automne, en 1831, les chants du crépuscule, en 1835, Les voix intérieures, en 1837, et Les rayons et les ombres, en 1840. Pendant ce temps, Hugo ne cesse d’écrire, mais il veut faire taire la critique. Son chef-d’œuvre paraît en 856 : Les Contemplations.

Quand Hugo pense à Léopoldine, sa fille noyée, il a cet aveu dont la simplicité est bouleversante :

Et que je souffre comme père,

Moi qui souffris tant comme enfant.

Ce parallélisme en forme de coin exprime le destin. La poésie de Hugo est multiple, qui use de tous les registres, de la puissance à la douceur.

La légende des siècles, dont une première partie est publiée en 1859, les deux autres en 1877 et 1883, a fait écrire à Baudelaire : « Victor Hugo a créé le seul poème épique qui pût être créé par un homme de son temps pour des lecteurs de son temps. » La légende des siècles, cette myride de poèmes en contient un grand nombre de populaires. Là est le secret de la réussite hugolienne.